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... avec Mireille Larroche

ENTRETIEN AVEC MIREILLE LARROCHE, MISE EN SCENE

 

... La péniche et l'opéra...

 

Dans sa programmation, la péniche opéra fait alterner oeuvres de répertoire et créations contemporaines. Par là, elle entend réconcilier ce genre musical avec les compositeurs comme avec le public, en l'investissant de sens,  en l'inscrivant dans la vie de la cité. Elle entend créer de l'émotion, de l'émotion pour la culture.

 

...  le rôle du metteur en scène ...

 

Dans un soucis de cohérence entre le fond et la forme de l'oeuvre, dans l'exigence d'un travail dialectique entre les différents acteurs de la création, Mireille Larroche est en même temps à l'initiative du choix de la thématique de l'opera, de celui de ses auteurs ainsi que de toute l'équipe artistique et technique qui y participera.

Tout en restant très ouverte, la thématique devait toucher à un sujet contemporain, impliquer le regard d'un créateur sur une problématique d'actualité. L'idée était également d'inciter le compositeur à se mettre en jeu au travers d'une histoire qui prendrait en compte sa personnalité, son cheminement...                                       Le compositeur Alexandros Markeas, tout comme la librettiste May Bouhada, sont au coeur de la problématique de l'imigration qui sous-tend l'oeuvre. Ainsi se sont peu à peu dessinés les rapports est-ouest joués dans chacune des péniches, le personnage mythique d'Elia Kazan et sa fameuse trahison, le personnage plus "incarné" du compositeur Anatoli, lui même interprété par le chanteur-compositeur Vincent Bouchot.

 

...Interventions dans les différents temps de la création...

 

Genèse, écriture et mise en forme

 

Cet opéra est un aboutissement de trois ans de collaboration entre Alexandros Markeas et La péniche Opéra, et  la commande  du projet a été passée deux années avant sa mise en chantier.                                                                                     Au cours de l'élaboration du projet, le metteur en scène a pu intervenir sur quelques points touchant à des choix musicaux, comme celui de la mise en valeur du clivage est-ouest, qui trouve une traduction marquée dans le langage musical. L'évolution du livret a également été suivie,  et assortie de suggestions ou compléments visant à l'équilibrage dramaturgique: le personnage de Kathleen a été étoffé, quelques scènes rajoutées, notamment celles permettant aux personnages de s'affirmer, de se "creuser".

 

Eléments saillants et partis pris de mise en scène

 

Un théâtre de conventions

 

Pour situer l'esthétique de son théâtre, Mireille Larroche se réfère à la tradition Brechtienne, à celles de la Commedia dell'Arte, du Théâtre du Soleil, où le rapport du corps de l'acteur à la scène est là pour créer la distance qui suscite l'émotion.

 

Chorégraphies...

 

En l'occurence, dans ce spectacle, les épisodes chorégraphiques proposés par Francesca Bonato se mêlent étroitement aux scènes théâtrales, et parfois, la frontière entre les deux est ténue.

C'est que le geste a plusieurs rôles. Pour reprendre une expression de Mireille Larroche, "La mise en scène est là pour aider les chanteurs à mémoriser leur partition", et en effet, dans ce cadre musical, les mouvements chorégraphiés permettent de mettre en valeur le rythme, et par là également la dramaturgie intrinsèque à la partition.

Mais au-delà de cela, la chorégraphie est là pour créer un jeu de distantiation plutôt poétique, qui permet de  renégocier sans cesse le rapport des personnages à l'action et à eux-mêmes. Ainsi peut se percevoir la scène 1bis de New-York où le compositeur Anatoli danse son chant d'introspection. On le devine se regarder jouer son rôle, tout en évitant que le sentiment  ne sombre complètement dans la complaisance.

 

et Vidéos...

 

Depuis 2007, avec le spectacle El Cimarron, la vidéo a fait son entrée à la  péniche en tant que  nouvel instrument d'expression.

Cet outil est manié avec attention, le metteur en scène prenant acte du fait que son langage, par sa densité émotionnelle, communique parfois difficilement avec celui du théâtre.

Il trouve dans cette création plusieurs usages: à l'échelle de la narration, la vidéo est parfois simplement intégrée au livret, les personnages étant amenés à regarder les émissions télévisées concernant Kazan. Son usage peut être plus suggestif, aller comme pour la danse dans le sens de la mise à distance émotionnelle. C'est le cas par exemple dans la scène de New-York où Anatoli ne s'approche de sa cousine de manière érotisée que par le biais de la caméra. La vidéo fait aussi office de lien tangible entre les deux péniches, les deux histoires -les répétitions New-Yorkaises sont retransmises à Athènes-, et permet de caractériser les deux univers. Au monde très concret, réaliste, confortable de la taverne, s'oppose en effet le monde quasiment virtuel du studio américain. A l'intérieur de celui-ci la vidéo va jusqu'à inciter le spectateur à se plonger dans une lecture "gigogne" de l'oeuvre. Que voit-on exactement dans la péniche opéra: une histoire réelle? La répétition d'une histoire? Le film de cette répétition?

Ce sera au spectateur d'apprécier.

 

 

 

 



Article ajouté le 2008-03-24 , consulté 85 fois

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